Sélectionner une page

Arrêtons de croire que le modèle du « tous entrepreneur » va nous aider à construire une nouvelle société. Nous devons chercher plutôt à enseigner et à former pour permettre l’acquisition de nouvelles compétences, afin de mieux travailler et créer de la valeur ensemble.

Vive les indépendants, les free-lance et les auto-entrepreneurs ! Vive les start-ups et vive les étudiants entrepreneurs ! Vive les intrapreneurs, vive l’essaimage et les incubateurs d’entreprises !

À en croire les médias, et beaucoup de nos élus politiques, nous vivons une révolution du travail, où les « slashers », qui cumulent les activités et contrats de travail, sont heureux de se retrouver dans des espaces de co-working. Où nos jeunes ne pensent qu’à créer une entreprise en sortant de leurs études, voire pendant ! Où les salariés ne se forment plus pour développer des compétences, mais deviennent des intrapreneurs au service de leur dirigeant.
Et si on retournait la médaille, et si on écoutait la face B du disque ?

Non, le rêve d’un salarié, ce n’est pas de créer son entreprise, même si beaucoup y pensent en se rasant la barbe ou les jambes. Oui, la plupart des indépendants, ou auto-entrepreneurs ne peuvent même pas se payer une place dans un espace de co-working, plutôt loué aujourd’hui par les grands groupes pour acculturer leurs collaborateurs à travailler autrement. Et non, malgré un écosystème d’accompagnement à la création d’entreprises, le taux d’échec ne change pas après 5 ans, 50 % des créateurs seront en faillite.

Une faillite de masse ?

Pousser à entreprendre comme solution à un chômage de masse va amener à la faillite de masse de notre modèle social. Car plus d’indépendants, c’est aussi plus d’indépendance, voire d’égoïsme. Les pays qui ont l’extrême droite qui pousse le plus fort sont ceux où le nombre d’indépendants est le plus élevé.

Un moteur libéral, un comportement social

Entreprendre doit être réservé à ceux qui en ont la capacité, pas seulement la volonté. On crée trois plus d’entreprises dans les quartiers prioritaires de la ville, mais on y échoue trois fois plus, car l’envie, voir la rage de s’en sortir ne suffit pas.

Entreprendre, c’est posséder un moteur profondément libéral, qui fait avancer, s’engager, innover et chercher à dépasser la concurrence, à se battre. Entreprendre, c’est aussi et surtout posséder des qualités et des compétences qui se développent par la formation, idéalement par l’enseignement dès le plus jeune âge.

Entreprendre, un risque, un choix et surtout une chance

Entreprendre demain, ce sera surtout une éthique, un respect des talents, afin de les attirer et de les conserver dans son entreprise, et de voir comment on peut aider sa rue, son quartier, sa ville ou plus encore. Car entreprendre est une chance, celle de pouvoir vivre son rêve, et payer des collaborateurs à vous aider à le réaliser. Inversons alors la logique, et cherchons à fédérer, à associer des salariés à gagner ensemble.

Une nouvelle éducation à l’entrepreneuriat

La France est un des pays qui dépensent le plus pour l’éducation, et pour l’accompagnement à la création d’activités, avec des résultats loin d’être à la hauteur des investissements. Les nouveaux outils numériques, les nouvelles formes d’apprentissage sont des chances à saisir, pour une formation de masse à « l’entreprendre », pour permettre réellement au plus grand nombre une sensibilisation puis une formation à devenir entreprenant, qui est un statut nettement plus envieux que celui d’entrepreneur. Un salarié entreprenant, créatif, agile, qui prend toute sa valeur face à son vrai concurrent, la machine et l’intelligence artificielle.

Inspirés, créatifs, devenons des développeurs

Nous sommes connus dans le monde entier pour être d’excellents créatifs, d’excellents chercheurs, mais l’absence d’une vraie culture du risque, et de son acceptation, nous empêche de réellement récolter les fruits d’une excellence pédagogique et que les valeurs de l’humanisme sont nées dans notre pays.

Une nouvelle entreprise, pour une nouvelle société

Toute entreprise doit aujourd’hui innover comme une start-up, fédérer ses troupes et partager comme une association. Innover, fédérer et partager plus et mieux permettront la naissance, non pas d’une société d’indépendants, mais plutôt d’interdépendants, où la plus grande employabilité et la volonté de partager la valeur créée de chacun mettront collaborateurs et dirigeants sur un plus grand pied d’égalité, et d’engagement.

Pierre Alzingre, CEO Tous Entreprenants.